Journée pluvieuse de fin d'hiver... Chiara avance sans faire attention à l'incessant flot bruyant et malodorant des voitures. Enfonçant son visage dans son frêle manteau, elle feinte le froid et les odeurs d'urines qui embaument le passage sous le métro aérien de La Chapelle. Elle s'avance vers une station de bus n'offrant aucune protection contre la fine pluie hivernale qui s'infiltre insidieusement dans son manteau de peau. Coquette toujours fauchée, elle ne se résout ni à s'emmitonner dans l'horrible doudoune molletonnée achetée à son arrivée à la capitale, ni à renoncer à son premier cadeau de parisienne, un manteau de printemps soldé qu'elle enfile à chaque grande occasion, peu importe le climat.
Deux femmes accompagnées d'une fillette d'une huitaine d'année, attendent déjà. Elle franchit les quelques mètres qui les séparent en se retournant vers le carrefour d'où devrait arriver le 48. Combien de fois elle avait raté ce bus, au passage rare, pour ne pas avoir été pile à son lieu d'arrêt. Inquiète de ne pas arriver à temps, c'est le souffle court qu'elle y arrive à grandes enjambées. Elle vérifie les horaires et se tient un peu à l'écart des femmes qui discutent jovialement.
Le regard toujours tourné vers le carrefour, elle ne remarque pas la fillette qui se rapproche. Une des femmes la rattrape en lui tenant le col et s'excuse de la familiarité de la petite qui tient pourtant ses distances d'habitude. Le regard hagard de la fillette croise celui de Chiara et semble aussi plein de compréhension et d'attention que de désarroi.
- Ne vous inquiétez pas, ce n'est rien.
Chiara lève la tête de son manteau et tente d'ouvrir une conversation qui apaiserait la mère.
- Vous attendez depuis longtemps ?
- A peine cinq minutes. La femme attrape la jeune handicapée et l'assoie sur la rambarde de sécurité avant de s'engoncer dans son épaisse veste rouge.
Le bus arrive après moins de huit minutes d'attente, elle sera à l'heure à son rendez-vous.
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