lundi 22 juin 2009

Regardant par la fenêtre, elle se remémore, les après-midi aigres-douces de son insouciance perdue au cours desquelles sa propre grand-mère l'avait persuadée qu'elle pouvait, elle aussi, savoir et ressentir les évènements à venir.
- Le moment venu tu comprendras, disait-elle, tu n'as pas à en avoir peur.
Mais pourquoi une telle malédiction devait-elle lui échoir ? Pourquoi à un âge si tendre ses nuits étaient peuplées d'images de carnage et d'éviscération ? Pire encore, on lui intimait de ne pas les oublier pour être prête le moment venu. Prête à quoi ?

Aujourd'hui, elle le sait.

Émergeant de ses souvenirs, elle s'aperçoit que le bus s'est presque totalement vidé. Les trois rencontres de l'après-midi se sont évanouies dans la marée urbaine.

Un voile d'encre menace déjà d'engloutir la ville. Les lumières de la ville tentent pâlement de ...(je tombe de sommeil, v pas plus loin)...
Alors que Chiara s'apprête à franchir (le seuil "le seuil" bof! --> le scan de la borne usagée), le regard de la jeune handicapée la transperce de son inquisition. Un peu gênée, elle se retourne et esquisse un sourire.
- la mort n'est pas meilleure compagne que la vie. Ce que vous voulez faire est (mal"mal" bof! --> est lourd de conséquences).
- Nina! s'exclame une des femmes, la voix striée de gêne. Son regard effleure furtivement le menton de Chiara (et "et" bof! --> avant de s'écraser sur le sol sali du vieux bus) lorsqu'elle ajoute, (presque en bégayant --> saisissant fermement le corps frêle pour l'entraîner vers la dense clientèle de cette heure de pointe):
- Excusez-la, mais sa grand mère l'a persuadée que (parfois bof! enlève "parfois",)elle pouvait voir l'avenir de certaines personnes.
Chiara se raidit un moment. Une sensation étrange lèche son épine dorsale. (La femme ignore que sa propre grand-mère l'avait persuadée qu'elle possédait un pouvoir similaire plus jeune, pouvoir dont elle n'avait jamais au demeurant voulu vérifier la véracité --je garde ça pr plus tard).
Elle sourit à nouveau à la femme à la veste rouge, contrainte par la masse compacte des corps des usagers de fin d'après-midi de rester dans son champ de vision. La gêne de cette dernière semble se dissiper au fur et à mesure de l'éclat dévoilé par ses lèvres.
- Il n'y a pas de problème Madame. Presciente ou pas, sa mise en garde part d'une bonne intention.

Nina avait-elle vu que Chiara se préparait, avec une jubilation placide et vorace, à assassiner l'homme qu'elle se préparait à rencontrer?

jeudi 6 mars 2008

Délivrance

Journée pluvieuse de fin d'hiver... Chiara avance sans faire attention à l'incessant flot bruyant et malodorant des voitures. Enfonçant son visage dans son frêle manteau, elle feinte le froid et les odeurs d'urines qui embaument le passage sous le métro aérien de La Chapelle. Elle s'avance vers une station de bus n'offrant aucune protection contre la fine pluie hivernale qui s'infiltre insidieusement dans son manteau de peau. Coquette toujours fauchée, elle ne se résout ni à s'emmitonner dans l'horrible doudoune molletonnée achetée à son arrivée à la capitale, ni à renoncer à son premier cadeau de parisienne, un manteau de printemps soldé qu'elle enfile à chaque grande occasion, peu importe le climat.

Deux femmes accompagnées d'une fillette d'une huitaine d'année, attendent déjà. Elle franchit les quelques mètres qui les séparent en se retournant vers le carrefour d'où devrait arriver le 48. Combien de fois elle avait raté ce bus, au passage rare, pour ne pas avoir été pile à son lieu d'arrêt. Inquiète de ne pas arriver à temps, c'est le souffle court qu'elle y arrive à grandes enjambées. Elle vérifie les horaires et se tient un peu à l'écart des femmes qui discutent jovialement.


Le regard toujours tourné vers le carrefour, elle ne remarque pas la fillette qui se rapproche. Une des femmes la rattrape en lui tenant le col et s'excuse de la familiarité de la petite qui tient pourtant ses distances d'habitude. Le regard hagard de la fillette croise celui de Chiara et semble aussi plein de compréhension et d'attention que de désarroi.
- Ne vous inquiétez pas, ce n'est rien.
Chiara lève la tête de son manteau et tente d'ouvrir une conversation qui apaiserait la mère.
- Vous attendez depuis longtemps ?
- A peine cinq minutes. La femme attrape la jeune handicapée et l'assoie sur la rambarde de sécurité avant de s'engoncer dans son épaisse veste rouge.

Le bus arrive après moins de huit minutes d'attente, elle sera à l'heure à son rendez-vous.